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Un rapport de cadrage sur l'IA n'est pas une politique.

Il est épais, bien construit, il a coûté cher et tout le monde l'a trouvé juste. Six mois plus tard, les agents utilisent toujours l'IA comme ils veulent. Ce n'est pas un problème de qualité du document : un rapport et une politique ne sont pas le même objet, et l'un ne se transforme pas en l'autre en restant sur une étagère.

Stéphane Maufras · 26 août 2026 · 8 min de lecture

Un rapport de cadrage sur l'IA décrit un état des lieux, une politique engage des responsables : deux objets différents

La scène est connue de toutes les directions générales. Une commande est passée, des entretiens sont menés, un document revient. Il est solide. Il cartographie les usages, il hiérarchise les risques, il propose une trajectoire en trois phases. La restitution se passe bien, les questions sont bonnes, tout le monde repart avec le PDF.

Et six mois plus tard, à la question « qui a le droit de mettre une note interne dans un assistant d'IA grand public ? », personne dans la maison ne sait répondre la même chose. Le document n'a pas échoué. Il a fait exactement ce qu'un rapport fait : décrire.

Décrire et engager ne sont pas le même geste.

Un rapport de cadrage prend une photographie. Il dit ce qui existe, ce qui manque, ce qu'il faudrait. Sa qualité se mesure à sa justesse. Une politique fait autre chose : elle retire des possibilités à des gens. Elle dit ce qui est autorisé, ce qui ne l'est pas, qui tranche quand le cas n'est pas prévu, et à partir de quand.

Ces deux objets ont des auteurs différents. Le premier peut être écrit par une seule personne, très compétente, en dehors de la maison. Le second ne tient que si ceux qui devront l'appliquer y étaient quand il a été écrit. C'est pour cela qu'un excellent rapport de cadrage produit si souvent zéro changement de comportement : il n'a engagé personne, parce que ce n'est pas son métier.

Un rapport se lit et s'approuve. Une politique se tient, ou pas. Entre les deux, il n'y a pas une différence de qualité : il y a une différence de nature.

Le test des cinq lignes. Ouvrez le vôtre.

Ce test ne juge pas le travail de qui l'a écrit. Il vérifie une seule chose : si votre document est un rapport ou une politique. Prenez le fichier, la fonction recherche, et cherchez ces cinq choses.

01

Un nom, pas une direction

Cherchez une personne physique désignée sur un arbitrage précis. « La DSI veillera à », « il conviendra de sécuriser » : ce sont des rôles sans titulaire. Le jour où un agent hésite devant un cas limite, il ne peut pas appeler « il conviendra de ».

02

Un interdit formulé

Cherchez une phrase qui commence par « on ne met pas ». Un rapport liste des risques ; une politique en tire des lignes rouges nommées. Sans interdit écrit, chaque agent trace la sienne, et il la trace de bonne foi.

03

Un droit d’arrêt

Cherchez qui peut suspendre un usage sans demander l'autorisation, et sur quel motif. Si personne n'a ce droit, le seul frein disponible reste la note de service après incident, c'est-à-dire trop tard.

04

Une date de revue

Cherchez la prochaine échéance et qui la convoque. Un document sur l'IA sans date de réexamen vieillit à la vitesse des outils : il décrit un paysage qui aura changé avant la fin de sa trajectoire en trois phases.

05

Une trace de qui a tranché

Cherchez, pour les deux ou trois arbitrages qui fâchent, qui a décidé, sur quels éléments, et ce qui a été écarté. C'est la seule partie du document que vous pourrez produire plus tard devant un tiers.

Ce que ce test ne dit pasIl ne dit pas que votre rapport est mauvais, ni qu'il fallait s'en passer. Il dit ce qu'il vous reste à faire après lui. Tant que ces cinq lignes manquent, les usages continuent de se décider poste par poste : c'est de l'IA sauvage (le Shadow AI), sans personne pour l'avoir voulue.

Ce que le code demande à une administration qui décide avec un algorithme.

Le sujet n'est pas théorique pour une administration. Le code des relations entre le public et l'administration organise déjà, depuis plusieurs années, ce qui doit pouvoir être montré quand un traitement algorithmique fonde des décisions individuelles. Trois articles, lus dans leur version en vigueur, dessinent la forme du document attendu.

Art. L311-3-1

La mention, puis l’explication

Une décision individuelle prise sur le fondement d'un traitement algorithmique comporte une mention explicite en informant l'intéressé. Les règles définissant ce traitement et les principales caractéristiques de sa mise en œuvre lui sont communiquées s'il en fait la demande, sous réserve des secrets protégés par la loi.

Art. R311-3-1-2

Quatre points, sous forme intelligible

Ce qui se communique est énuméré : le degré et le mode de contribution du traitement à la prise de décision, les données traitées et leurs sources, les paramètres et le cas échéant leur pondération appliqués à la situation de la personne, et les opérations effectuées.

Art. L312-1-3

Des règles publiées en ligne

Les administrations concernées publient en ligne les règles définissant les principaux traitements algorithmiques utilisés dans l'accomplissement de leurs missions lorsqu'ils fondent des décisions individuelles. L'article D312-1-4 fixe le seuil à 50 agents ou salariés en équivalents temps plein.

Le guide de l'État sur les algorithmes publics précise le périmètre de ces obligations : elles visent l'ensemble des traitements qui fondent des décisions administratives individuelles, quel que soit le degré d'intervention humaine, outils d'aide à la décision compris. Autrement dit, le fait qu'un agent relise et signe ne met pas le sujet de côté.

Ce régime ne couvre pas tout l'usage de l'IA dans une maison, et il ne remplace pas la lecture que feront vos juristes de votre situation. Mais il montre la forme de ce qui est attendu : des règles écrites et publiables, et la capacité d'expliquer une décision au cas par cas. Un état des lieux ne se publie pas comme une règle, et il n'explique aucune décision individuelle. C'est notre lecture, et c'est la nôtre : le rapport de cadrage prépare ce travail, il ne le fait pas.

D'un rapport à une politique : quatre gestes, pas un livrable de plus.

La suite d'un rapport de cadrage n'est pas un second rapport qui le mettrait en musique. C'est une séance de travail où des personnes tranchent, à voix haute, devant les autres.

01

Réunir ceux qui appliqueront

Direction, métiers, référent données, encadrement de proximité. Une règle écrite sans le service qui la subira se fait contourner poliment dès la deuxième semaine.

02

Partir des cas réels

Pas de la cartographie des risques, mais des trois situations qui reviennent chaque semaine : le courrier de refus, la note de synthèse, la réponse à l'usager. On tranche sur ces cas-là.

03

Écrire la règle en séance

La formulation se négocie pendant, pas après. Un texte rédigé le lendemain par une seule personne redevient une proposition, et une proposition se rediscute indéfiniment.

04

Garder la trace des arbitrages

Objectif, données admises, garde-fous, qui a décidé, ce qui a été écarté. Une trace vérifiable, datée et nominative, que vous pouvez produire quand on vous la demandera.

C'est exactement ce que fait une matinée Cockpit CadrIA : un protocole physique conduit la réunion, jusqu'à dix personnes, sur un dossier réel de votre maison. L'IA y est pilotée sous protocole, avec des fonctions tenues et un droit d'arrêt. En sortie, vous avez le livrable travaillé pendant la séance et le journal des arbitrages, pas un compte rendu à retravailler.

Ces documents sont des documents de travail internes. Ils ne remplacent ni un audit, ni une mise en conformité certifiée, ni l'avis de vos juristes. Ce qu'ils apportent est plus modeste et plus rare : la preuve que votre maison a décidé, qui a décidé, et sur quoi.

Un rapport, on l'approuve. Une politique, on la tient. Le jour où on vous demandera votre politique IA, ce qu'on lira n'est pas l'épaisseur du document : c'est s'il y a un nom en face de chaque interdit.

Du diagnostic à la décision

Votre rapport est écrit. La politique, elle, se décide en séance.

Une matinée Cockpit CadrIA dans votre administration, sur un dossier réel : vos cadres et vos métiers tranchent les cas qui reviennent, écrivent la règle pendant la séance et repartent avec le journal des arbitrages, daté et nominatif.

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