Ouvrez la dernière revue de direction qui parlait d'intelligence artificielle. Vous y trouverez presque toujours les mêmes indicateurs : nombre d'outils testés, nombre de licences actives, part de collaborateurs « sensibilisés », nombre de cas d'usage identifiés. Des courbes qui montent. Un comité rassuré.
Le problème, c'est que ces chiffres ne répondent à aucune question qu'un dirigeant devrait se poser. Ils mesurent l'activité autour de l'IA, jamais ce qu'elle a changé. On confond le mouvement avec le résultat.
Le nombre d’outils déployés est une métrique de vanité.
Compter les outils, les licences et les usages, c'est mesurer ce qui est facile à mesurer, pas ce qui compte. Ces indicateurs montent tout seuls : plus vous ouvrez d'accès, plus le chiffre grossit, sans qu'une seule décision de l'entreprise n'ait été prise plus vite ni mieux.
C'est d'ailleurs exactement le récit que servent les plateformes : déployez large, connectez tout, et la valeur suivra. La valeur ne suit pas. Elle se dilue dans des usages individuels que personne ne pilote, et qui deviennent, sans cadre, de l'IA sauvage (le Shadow AI) : des collaborateurs qui utilisent l'IA chacun dans leur coin, sans politique, sans trace, sans arbitrage collectif.
Un tableau de bord qui compte les licences IA mesure votre facture, pas votre retour sur investissement. Ce sont deux courbes différentes, et seule la première monte toute seule.

