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J'étais à Bercy pour l'an I du plan Osez l'IA. Voici la marche qui reste à franchir.

Le 3 septembre, le ministère de l'Économie a réuni les acteurs du plan « Osez l'IA » pour son premier anniversaire. J'y étais, comme ambassadeur IA. Le cap fixé pour l'année qui vient tient en une phrase : il faut désormais passer à l'action. Reste à savoir ce que cette marche demande vraiment, et la statistique publique donne une réponse qu'on n'attend pas.

Stéphane Maufras · 8 septembre 2026 · 8 min de lecture

Plan national Osez l'IA, un an après : de la découverte de l'IA à la décision cadrée en entreprise

Le 3 septembre, le ministère de l'Économie a réuni à Bercy les acteurs mobilisés depuis un an autour du plan « Osez l'IA », lancé le 1er juillet 2025 dans le cadre de la stratégie nationale pour l'intelligence artificielle. J'y étais, en présentiel, au titre du réseau des ambassadeurs IA.

Un rendez-vous comme celui-là ne se raconte pas en communiqué. J'y ai croisé des équipes de France Num et de la French Tech, des personnels de cabinets ministériels, et surtout des pairs : des femmes et des hommes qui, chacun sur son territoire et dans son secteur, transforment concrètement des entreprises et des institutions. C'est cette densité-là qui frappe.

Ce que le plan affiche après un an, et le cap qu'il se donne.

Les chiffres du bilan sont publics. Le réseau compte 615 ambassadeurs, répartis dans 20 régions et collectivités, Outre-mer compris, et couvrant 13 secteurs d'activité. Plus de 35 000 entreprises ont été touchées par leurs actions. En parallèle, 88 offreurs de solutions adaptées aux PME et aux ETI ont été référencés par la Direction générale des Entreprises et Hub France IA, 70 Diagnostics Data IA ont été engagés, et la plateforme « Accélérez avec l'IA », ouverte en juin, rassemble 54 cas d'usage.

L'objectif de long terme reste inchangé : à horizon 2030, un taux de diffusion de l'IA de 100 % dans les grandes entreprises, 80 % dans les PME et ETI, et 50 % dans les TPE.

Mais la phrase importante du rendez-vous n'est pas un chiffre. Elle est dans le communiqué du ministère, qui engage une nouvelle étape « afin d'accélérer le passage de la sensibilisation à l'action ». Cette formule mérite qu'on s'y arrête, parce qu'elle nomme exactement le point de bascule.

615

ambassadeurs IA, dans 20 régions et collectivités

35 000

entreprises touchées par les actions du réseau

1 000

Diagnostics Data IA visés, contre 70 engagés à ce jour

Pourquoi les entreprises ne franchissent pas le pas. La réponse n'est pas celle qu'on croit.

L'explication qu'on entend le plus souvent est un déficit de compétences. Elle est plausible, elle est rassurante, et elle est commode, puisqu'elle se règle avec un catalogue.

Les chiffres de l'Insee racontent autre chose. Dans sa publication du 21 juillet 2026, l'institut mesure qu'en 2025, 18 % des entreprises françaises de 10 salariés ou plus déclarent utiliser au moins une technologie d'IA, contre 6 % en 2023. Le taux a triplé en deux ans, et se rapproche de la moyenne de l'Union européenne, qui s'établit à 20 %. La dynamique est donc réelle.

La surprise est ailleurs. Quand on demande aux entreprises qui n'utilisent pas l'IA pourquoi elles s'abstiennent, 71 % répondent qu'elles n'y voient pas d'utilité. Le manque d'expertise arrive derrière, à 54 %. Autrement dit, le premier frein n'est pas un déficit de savoir-faire : c'est une absence de réponse à la question « pour quoi faire, chez nous, précisément ».

Le détail qui change la lectureCe frein s'inverse selon la taille. Le manque d'utilité est cité par 71 % des entreprises de moins de 50 salariés, mais par 54 % de celles de 250 salariés et plus, chez qui le manque d'expertise devient au contraire le premier motif, à 73 %. Deux populations, deux problèmes.

Et parmi celles qui utilisent déjà l'IA, les freins déclarés sont éloquents : 53 % citent un manque d'expertise, 43 % des inquiétudes sur la protection des données, et 42 % un manque de clarté juridique. Ce ne sont pas des problèmes d'outil. Ce sont des problèmes de cadre.

Ce que la statistique officielle cherche à compter, et pourquoi cela change tout.

Il y a, dans la note de méthode de l'Insee, une précision qu'on ne lit pas toujours et qui éclaire pourtant tout le reste. L'institut indique que les entreprises sont interrogées sur leur utilisation organisée de l'IA au sein de leurs services, et que leurs réponses n'incluent, selon ses termes, « en principe pas » les usages que les salariés font « ponctuellement et à titre individuel ».

Lisez cette phrase deux fois. Le chiffre de 18 % ne cherche pas à mesurer la quantité d'IA présente dans les entreprises françaises. Il cherche à mesurer l'IA organisée, c'est-à-dire, si l'on suit le mot jusqu'au bout, l'IA que quelqu'un a décidée. Ce qui se passe en dehors, dans les onglets ouverts par les équipes pour aller plus vite, n'est pas ce que l'enquête vise.

L'enquête interroge les entreprises sur leur usage organisé de l'IA ; les usages individuels et ponctuels des salariés n'y entrent en principe pas. Notre lecture : ce qui n'a pas été décidé n'est donc pas ce que la statistique cherche à compter.

C'est ce qu'à CadrIA nous appelons l'IA sauvage (le Shadow AI) : un usage réel, souvent efficace, mais que personne n'a autorisé, encadré, ni tracé. Il n'entre en principe pas dans cette mesure-là, ni, le plus souvent, dans vos propres tableaux de bord. Il ne figurera pas davantage dans les réponses que vous ferez le jour où un client, un salarié ou un donneur d'ordre vous demandera comment vous vous y prenez.

Et voilà pourquoi la formule du ministère est si juste. Notre lecture, et c'est la nôtre : entre la découverte et l'action, ce qui manque d'abord n'est ni un budget, ni un outil, ni un module de formation. C'est un acte, décider, et c'est lui qui fait basculer un usage de la colonne invisible vers la colonne visible.

Passer à l'action, concrètement, c'est trancher quatre points.

Toujours notre lecture : la marche à franchir se joue en séance, dans l'entreprise, avec les personnes qui font le travail. Elle ne demande pas un grand chantier. Elle demande que quatre choses soient écrites, datées et connues de tous.

01

L'usage autorisé

Quelles tâches, avec quels outils, sur quelles données. Tant que ce n'est pas écrit, chacun décide seul, et personne ne décide vraiment.

02

Ce qu'on ne confie à aucun outil

La liste des données que l'équipe s'interdit de saisir, quel que soit le service utilisé. C'est la réponse directe aux 43 % d'entreprises utilisatrices qui déclarent s'inquiéter pour leurs données.

03

Qui peut arrêter

Un droit d'arrêt nommé, tenu par une personne identifiée. Sans lui, l'arbitrage remonte au dirigeant en urgence, ou ne se fait pas.

04

La trace vérifiable

Ce qui a été décidé, par qui, avec quels garde-fous. Une trace que vous pouvez produire, datée et nominative, écrite pendant la séance et non reconstituée après coup.

C'est le travail que produit le Cockpit CadrIA : un protocole physique qui conduit la réunion, fait trancher ces points par l'équipe elle-même, et laisse en sortie un livrable et le journal des arbitrages. Pas un support, pas une attestation de présence : la règle de votre maison, écrite par ceux qui devront la tenir.

Ce que je rapporte de ce rendez-vous, et ce à quoi je m'engage.

Une chose m'a frappé dans les échanges que j'ai eus à Bercy. On y parlait beaucoup de déploiement, de cas d'usage, de solutions et de coûts, ce qui est parfaitement légitime au vu du cap fixé. La question de savoir qui décide, et de ce qu'il reste comme trace, revenait plus rarement d'elle-même. Ce n'est un reproche envers personne : c'est le signe que cette marche-là reste à installer dans les esprits, et qu'il y a un travail à faire pour aligner les signaux.

J'ai également rejoint le groupe de travail « IA et inclusion », lancé ce jour-là. Le principe qui m'y amène est simple : l'IA doit être au service de tous les humains qui composent l'humanité, et donc être capable de les comprendre tous. Cela ne se décrète pas, cela se mesure.

C'est pourquoi j'y proposerai une stratégie d'évaluation des modèles, portant notamment sur leurs biais, avec l'objectif de bâtir un baromètre français. Le groupe démarre, rien n'y est arbitré, et je me garderai bien d'annoncer des résultats avant que le travail ait commencé. Mais la direction me paraît la bonne : sans mesure partagée, l'inclusion reste une intention, et une intention ne se vérifie pas.

Un plan national peut faire connaître l'IA à 35 000 entreprises. Il ne peut pas décider à leur place ce qu'elles en font. Cette décision-là se prend dans une salle, entre gens qui se connaissent, et elle s'écrit.

Le plan « Osez l'IA » a fait son travail : il a ouvert la porte, structuré un réseau, outillé le terrain. La deuxième année sera plus exigeante, et de notre point de vue elle se jouera moins sur le nombre d'entreprises rencontrées que sur le nombre d'entreprises qui auront tranché. C'est là que le rôle d'ambassadeur prend tout son sens, et c'est là que nous serons utiles.

PrécisionCet article est un témoignage personnel. Les analyses qu'il contient n'engagent que leur auteur, et ne constituent la position ni du plan « Osez l'IA », ni du ministère, ni du réseau des ambassadeurs IA.

De la découverte à la décision

Faites trancher ces quatre points par vos équipes, dans vos locaux.

Une séance Cockpit CadrIA dans vos locaux, sur un sujet qui est le vôtre : vos équipes décident de l'usage autorisé, des données qu'on ne confie à aucun outil et du droit d'arrêt, et repartent avec le livrable et le journal des arbitrages. Ce n'est ni un audit, ni une certification réglementaire : les démarches formelles de conformité restent du ressort de votre DPO, RSSI ou juriste.

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