Le scénario est toujours le même. Un incident, une inquiétude sur les données clients, une question d'un juriste, et la direction tranche vite : on bloque les outils d'IA générative sur le réseau, on envoie une note, on considère le risque traité.
Quelques semaines plus tard, le travail continue exactement comme avant. Sauf qu'il se fait sur un téléphone personnel, dans un compte gratuit ouvert à titre privé, avec un copier-coller du document qui n'aurait jamais dû sortir. L'usage n'a pas disparu. Il est devenu invisible.
Une interdiction ne supprime pas l’usage. Elle supprime la trace.
C'est la mécanique la plus mal comprise du sujet. Un collaborateur qui gagne deux heures sur une synthèse ne renonce pas à ces deux heures parce qu'une note le lui demande. Il déplace l'outil, pas le besoin. Et il le déplace là où l'organisation ne voit plus rien : hors du système d'information, hors de tout journal, hors de toute règle.
Le résultat est paradoxal. L'entreprise qui a interdit se croit protégée, alors qu'elle est dans la situation la moins défendable de toutes : l'usage existe, il porte sur des données réelles, et aucune décision écrite ne dit ce qui était permis. En cas de contrôle, d'incident ou de litige, il n'y a rien à produire.
Interdire, c'est troquer un risque visible contre un risque invisible. L'usage continue, mais vous perdez le droit de dire que vous saviez.

